« Féministe mais pas trop »

wonder-woman-comic-5-things-you-need-to-know-ftrHier soir on a signé notre bail. La nana, archétype de la business women et probable directrice de clientèle, nous installe dans une salle de réunion et nous distribue la paperasse de circonstance : le bail en 3 exemplaires et tous les documents annexes.

Elle sait que nous sommes un couple et se veut engageante. « Aujourd’hui c’est la journée de la femme, c’est bien hein ? ». Un peu interloquées, lui sourions et acquiesçons. Soudain, la voilà qui lâche : « C’est bien d’être féministe. C’est bien mais pas trop, hein » ? Avant de poursuivre, en me voyant lever un sourcil: « Enfin, vous voyez ce que je veux dire ».

J’avais le choix de lui répondre qu’en effet, nul besoin de couper les couilles à nos copains les mecs pour envisager une avancée des droits des femmes. Que la violence et les inégalités de droit et de fait qui encadrent la condition féminine n’impliquent pas que des amazones déchainées d’un troisième type, tel que les fantasment certains et se les figurent beaucoup, reproduisent à l’identique les comportements les plus rétrogrades observés chez nos congénères masculins. Que le féminisme ce n’est pas la violence mais la tolérance et qu’il ne peut être, partant, soumis au cautionnement pondéré du « point trop n’en faut ». Que si l’on suivait son raisonnement, déclinable à l’infini, on aboutirait à des aberrations du genre « anti-raciste mais pas trop » ou « solidaire, mais pas trop » ou « quand il y en a un, ça va, mais quand il y en a plusieurs… » ou « anti-peine de mort sauf pour les violeurs », etc.

Tout ceci s’est passé le temps d’un haussement de sourcil et je l’ai gardé pour moi. Je me suis contentée de la rassurer sur le fait que je voyais absolument ce qu’elle voulait dire. Sous-entendu : pas la peine de s’en prendre à ces adorables petites choses constitutives d’une moitié de l’humanité que l’on appelle hommes pour faire avancer la cause de l’autre moitié. Tout ce petit monde devrait discuter en bonne intelligence et réussir à s’entendre. Pas besoin de s’énerver ou de brandir des revendications aussi excessives que l’égalité formelle et réelle en tout.

J’y ai repensé dans la nuit. C’est anodin, ça dure le temps d’un regard, d’une signature. C’est fugace comme un tressaillement. Si je n’ai rien répondu ce n’est pas par lâcheté. J’ai senti qu’elle voulait dire quelque chose de gentil, qu’elle essayait tant bien que mal de créer une connivence entre elle, nous et une cause aux enjeux qu’elle ne semblait discerner que vaguement. Peut-être que pour elle, être féministe c’est demander à son mec de passer l’aspirateur ou de faire manger les gamins. Qu’être féministe se limite à la revendication d’un juste partage des tâches ménagères. Peut-être aussi que je lui fais un procès mal placé. Toujours est-il que dans sa volonté de pondérer une cause aux tenants et aboutissants éloignés de sa conception de la vie, c’est la mienne qu’elle a heurté. Sans même s’en rendre compte. Par maladresse.

Loin de moi l’idée de faire la bravache en relatant ce qui précède : je n’ai jamais défendu d’autre cause que celle des animaux. Je déteste trop les revendications de groupe pour cela. Mais j’admire mes amies qui s’engagent et qui défendent ce en quoi elles croient, que ce soit par leur art, leur capacité à créer, leur engagement militant ou par leur seule volonté de faire bouger les choses. C’est à elles que je réserve la primeur de cette petite anecdote. Elles se reconnaitront.wonder-woman-comic-5-things-you-need-to-know-ftr

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